Le retour de Donald Tusk au poste de Premier ministre de Pologne pourrait entraîner des changements significatifs dans la région, s'il parvient à surmonter les obstacles internes.
| Donald Tusk célèbre sa victoire après que la Chambre basse du Parlement polonais a approuvé, le 12 décembre, sa proposition de former un nouveau gouvernement qu'il dirigerait. (Source : Reuters) |
Le 12 décembre, la proposition de coalition de l'Alliance civique, menée par cet homme politique, fut approuvée par la Chambre des représentants polonaise (Sejm) par 248 voix pour, 201 abstentions et aucune voix blanche. Tusk retrouva ainsi son poste de Premier ministre après huit ans d'absence, succédant à Mateusz Morawiecki. Le nouveau gouvernement prêta serment le lendemain.
Au sein du gouvernement, 9 ministres sur 26 sont des femmes. Ce changement apportera-t-il un vent de fraîcheur bienvenu à la Pologne et à l'Europe ?
Un retour opportun
La réponse est oui, compte tenu des aspects suivants.
Avant tout, il était un homme politique résolument pro-européen. Durant son mandat de Premier ministre (2007-2014), le trio Pologne-France-Allemagne, connu sous le nom de « Triangle de Weimar », a œuvré en étroite collaboration pour promouvoir le développement de la communauté d'affaires européenne. Ce résultat lui a permis d'accéder à la présidence du Conseil européen (2014-2019).
Forts de cette expérience, les responsables européens fondaient de grandes attentes sur M. Tusk. Selon un diplomate européen, suite à la victoire de ce dernier aux élections législatives d'octobre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l'a accueilli « comme s'il était déjà Premier ministre ». De fait, l'expérience et les relations entre le Premier ministre polonais et l'ancien président de la Commission européenne laissaient espérer qu'il contribuerait positivement à la résolution des nombreux défis auxquels l'UE est confrontée, de l'Ukraine et la Hongrie aux migrations, en passant par la sécurité énergétique et la sécurité alimentaire.
Par ailleurs, avec M. Tusk comme chancelier, les relations déjà tendues entre la Pologne et l'Allemagne, grande puissance européenne, pourraient s'améliorer. Auparavant, Varsovie, sous l'égide du parti Droit et Justice (PiS), avait réclamé des réparations à Berlin pour les conséquences de la Seconde Guerre mondiale, ce qui avait provoqué une rupture dans les relations bilatérales. Piotr Buras, expert au Council on Foreign Relations (Allemagne), a déclaré : « Les relations (entre la Pologne et l'Allemagne) vont s'améliorer, car elles ne peuvent plus se détériorer. »
Même si ce scénario devait se concrétiser, compte tenu de la complexité des relations franco-allemandes, Buras estime qu'il serait difficile de voir le « triangle de Weimar » se reformer. Cependant, en cessant simplement de critiquer, en arrêtant de dire « non » à l'Europe et en insufflant une nouvelle dynamique, Donald Tusk pourrait apporter un changement indispensable au continent.
Un autre responsable européen, sous couvert d'anonymat, a déclaré : « Globalement, nous ne souhaitons pas trop nous attarder sur le changement de gouvernement en Pologne. En réalité, il a modifié l'équilibre au sein du Conseil européen, car nous allons travailler avec un gouvernement plus constructif. Cela va assurément changer la donne. »
La résistance persiste.
Cependant, la situation n'a pas été sans embûches pour Donald Tusk et l'Europe. En effet, la lune de miel entre les deux parties prendra bientôt fin si aucune solution n'est trouvée à la question la plus urgente : le versement des 35 milliards d'euros d'aides et de prêts européens à la Pologne pour atténuer les conséquences de la pandémie de Covid-19, ainsi que des 76,5 milliards d'euros de fonds annuels de développement. Auparavant, l'UE avait gelé ces deux types de fonds, reprochant à Varsovie, sous le gouvernement du PiS, de ne pas respecter l'État de droit.
M. Tusk va tenter de changer la situation. Selon les médias, cet homme politique chevronné essaie de convaincre la Commission européenne de débloquer par anticipation 6,9 milliards d'euros du fonds de relance, alors même que la Pologne n'a pas encore rempli les conditions requises par l'UE.
Tôt ou tard, Varsovie devra satisfaire à toutes les conditions européennes pour débloquer le reste des fonds. Cette tâche s'annonce ardue, compte tenu de la présence du PiS, du président Andrzej Duda jusqu'à la Cour constitutionnelle. Toute tentative de réforme du système judiciaire devra passer par Duda, qui dispose du pouvoir de veto ou de demander à la Cour constitutionnelle de se prononcer.
L'arrivée au pouvoir de Tusk n'a pas entraîné le changement radical espéré par beaucoup. Son mandat précédent avait été marqué par de nombreux défis, notamment l'utilisation du charbon, le secteur agricole et les relations avec la Russie.
Aujourd'hui, une grande partie de ce problème demeure, d'une manière ou d'une autre, irrésolue. D'une part, la Pologne reste l'un des principaux soutiens militaires de l'Ukraine, maintenant son statut d'allié proche grâce à des engagements d'achat d'équipements de défense importants auprès des États-Unis et de la Corée du Sud. D'autre part, Varsovie accuse un retard dans le développement des énergies vertes, l'agriculture restant au cœur de sa politique.
M. Buras a commenté : « Les divergences d'opinion (entre M. Tusk et son prédécesseur) sur certains points ne sont probablement pas aussi importantes que beaucoup de gens l'imaginent. »
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