Ses personnages n'ont pas leur place sur les pages blanches d'un livre, mais émergent du vide même de notre esprit, représentant les mystères enfouis au plus profond de nous-mêmes.
À partir de novembre, Silk...
Les œuvres d'Alessandro Baricco traduites en vietnamien ces vingt dernières années offrent aux lecteurs un aperçu du paysage créatif de la littérature italienne contemporaine. Résolument expérimentales, les créations littéraires de Baricco transcendent les frontières du genre auquel elles sont rattachées, se prêtant pleinement à la musique , au théâtre et même au cinéma. Dans la plupart de ses œuvres, de « Novecento » (Le Pianiste sur l'océan) à « Soie » et à son plus récent « Abel », l'auteur interprète lui-même l'œuvre, et deux d'entre elles ( « Soie » et « Novecento ») ont été adaptées avec succès au cinéma.

L'écrivain Alessandro Baricco
PHOTO : FOURNIE PAR ANNA LA NAIA/PHANBOOK
Il semble qu'Alessandro Baricco ne s'intéressait pas au concept de « grande œuvre » au sens d'œuvre « massive », tel qu'on l'entend dans la tradition littéraire européenne en particulier, et mondiale en général. Il s'en écarte avec ses nouvelles, dotées d'une mélodie singulière qu'il nomme « musique blanche » – tonalité dominante, source d'inspiration pour une créativité libre et spontanée.
Ses personnages se ressemblent. Ils appartiennent à un monde totalement privé, hors du commun et des normes établies. La vie d'un pianiste en mer comme Novecento est assurément un idéal irréaliste. La vie ne se trouve plus sous les marches, mais ici, sur ce navire à la dérive. Novecento est né et a choisi de rester sur le navire, près de son piano, avec une musique que « le monde » peine à comprendre, transcendant le bonheur et la souffrance humains.
Les personnages de Baricco possèdent souvent des qualités extraordinaires, suspendues au fil invisible d'idéaux perdus. D'un côté, ils partagent la finitude du destin ; de l'autre, ils atteignent un point de repère remarquable : la réalisation de soi. Dans *Soie* , le marchand Hervé Joncour entreprend un voyage de mille kilomètres au Japon, apparemment pour trouver des œufs de vers à soie et sauver son commerce, menacé par une épidémie qui ravage la sériciculture française. Mais c'est l'Orient lointain, dont la carte éveille ses pensées, qui le captive véritablement. À l'image du Novecento jouant éternellement du piano sur son navire délabré, Hervé Joncour s'arrête, plongé dans une contemplation pensive, au bord du lac de sa patrie, dans sa vieillesse.
L'un des aspects fascinants des romans de Baricco réside dans l'exploration de lieux variés, même si le décor qui suscite l'émerveillement de prime abord n'est pas forcément le seul élément essentiel (qu'il s'agisse de l'océan, du Japon lointain ou du Far West sauvage...). La géographie acquiert une dimension universelle, atteignant la « terre promise » de la création et de l'existence : l'esprit humain.
Abel - L'explorateur du destin
Le personnage d'Abel, au cœur des « dunes du temps » du Far West avec ses deux tireurs d'élite, est à la fois saisissant et métaphysique. Chaque coup de feu tiré par Abel trace des lignes géométriques qui invitent à explorer et à examiner son destin.


Œuvres d'Alessandro Baricco
PHOTO : NGUYEN VINH NGUYEN
Abel apprit l'art du tir pour survivre auprès de son père froid et inflexible, qui fut finalement décapité par deux indigènes Absaroka. Mais le tir ne devint une contemplation métaphysique qu'après l'expérience de l'écoute de l'influence de l'esprit par son maître aveugle : « L'âme percevra le moment où la personne que tu vises sera parfaitement alignée avec le canon de ton arme, et à cet instant, tu auras l'impression qu'un souffle passe, ou qu'un lien invisible se tisse entre ton esprit et celui de cette personne. »
À partir de ce point, le roman d'Alessandro Baricco encourage les lecteurs à transcender avec audace l'attrait des fusillades et à se concentrer plutôt sur le rythme d'un monde spirituel encore marqué par le spiritualisme.
Les lecteurs découvrent un style littéraire qui mêle avec constance poésie et philosophie. Dans *Abel* , Baricco repousse les limites de la pensée, juxtaposant échos mystiques et modernité, nature sauvage et civilisation, magie et loi, spiritualité et violence, surréalisme et irréalité… le tout dans un style léger, concis et musical. En divisant le « spectacle » du livre en segments, l’œuvre s’apparente à un assemblage de lentilles multifocales, capable d’embrasser du regard un vaste désert tout en discernant avec netteté les moindres particules de poussière dans le labyrinthe enchanteur du destin humain, y compris les intersections de spectres multicolores.
Les personnages d' Abel portent tous des noms bibliques, mais ils ne sont pas sanctifiés dans le Far West ; ils incarnent l'action dans ce monde désolé. Abel devient une légende à 27 ans, trouvant un sens à sa vie à travers une existence consacrée à la chasse. Mais Hallelujah, une jeune fille dont le nom est une bénédiction, l'entraîne dans une autre dimension, même après qu'il a déposé les armes.
Alessandro créa Abel comme il avait tissé Novecento sur la mer, ou Hervé Joncour lors de son voyage vers l'Orient. Le long de ces périples à travers l'immensité du monde se déploient des royaumes de conscience insondables.
Alessandro Baricco, né en 1958 à Turin, est un écrivain italien contemporain dont les œuvres ont été traduites dans de nombreuses langues à travers le monde. Parmi ses traductions vietnamiennes les plus récentes figurent *Silk* (traduit par Que Son, Phanbook & Vietnam Writers Association Publishing House, 2021), *Novecento - The Pianist on the Ocean* (traduit par Que Son, Phanbook & Da Nang Publishing House, 2024) et *Abel - A Metaphysical Western Cowboy Story* (traduit par Vu Ngoc Thang et Tran Doan Trang, Phanbook & Vietnam Writers Association Publishing House, 2025).
Source : https://thanhnien.vn/abel-trong-con-cat-thoi-gian-185250418205006349.htm






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